Quelques erreurs courantes
2009 -mis à jour en 2010 et en 2013 puis en novembre 2018

J'ai publié une liste d'"erreurs fréquentes" en annexe de Moins de CO2 pour pas trop cher (l'Harmattant, 2013) - voir ici.

Il est courant de faire des erreurs et il y en a certainement sur ce site.

Il est utile de signaler ce que l'on considère comme des erreurs - quitte à se faire corriger. Allons-y donc !

L'humanité manquera d'énergie fossile - faux
Les ressources en énergie  sont limitées - cette expression n'a pas de sens
L'objectif est donc de faire des économies d'énergie - faux,  c'est seulement un moyen, parfois fallacieux
Il n'y a de bon nucléaire que celui qui tourne sans arrêt -faux
Il ne faut pas utiliser l'électricité pour se chauffer, sauf avec des pompes à chaleur - faux
Seule la décroissance nous permettra de diminuer nos émissions - faux
Il faut fixer une "valeur du carbone" à ajouter au prix de l'énergie fossile - faux
Il faut un impôt carbone qui augmente progressivement - faux
Une politique française ne sert à rien sans un accord international - faux

Il suffit de convaincre chaque citoyen de participer à la lutte contre l'effet de serre par ses "petits gestes quotidiens responsables" - faux , c'est très insuffisant
Il faut se féliciter de la hausse du prix mondial du pétrole lorsqu'il augmente  - faux, archifaux, scandaleusement faux.

Il y en a d'autres : la création d'un marché de permis d'émettre sans protection aux frontières, la financiarisation des permis d'émettre du CO2, les déclarations officielles visant à réduire le nucléaire à 50% de la consommation d'électricité,  les financements publics qui sont ou insuffisants ou excessifs, les prix de reprise de l'électricité "renouvelable", les objectifs d'augmentation des capacité éolienne et photovoltaïque, la multiplication des objectifs incohérents,.


1- L'humanité manquera d'énergie fossile. Bien au contraire, en comparaison avec ce que l'atmosphère peut recevoir de CO2 sans trop chauffer, l'humanité dispose de deux ou trois fois trop d'énergie fossile accessible à un prix qu'elle est prête à payer ! Néanmoins, il se pourrait que dans les années à venir le prix du pétrole augmente beaucoup si les pays où le coût de production est bas ou moyen n'augmentent pas leur production comme ils le pourraient. C'est une éventualité vraisemblable car ils y auraient intérêt. SiI le prix atteint 150 $/bl et s'y maintient, il deviendra intéressant de produire du liquide à partir de charbon.

2- Les ressources en énergie sont limitées.  Cette expression n'a pas de sens car la quantité d'énergie brute pouvant être exploitée est quasiment sans limite : les limites dépendent d'une part de la compétence technique, à laquelle on ne peut pas fixer de limite, et d'autre part des finances que l'on est prêt à consacrer à l'énergie. Avec des générateurs nucléaires de quatrième génération (les surgénérateurs), les ressources en uranium suffiront pour des siècles ; l'énergie du soleil est inépuisable et le coût de production a beaucoup diminué ; plus tard, la fusion nucléaire pourrait aussi nous ouvrir une ressource en énergie qui ne connaîtrait pas de limite. Les véritables limites ne se trouvent pas dans la ressource en énergie mais dans les moyens de stockage nécessaires pour compléter l'énergie solaire ou, pour ce qui est du nucléaire, dans la capacité à maîtriser cette technique.

3- Donc, l'objectif est de faire des économies d'énergie. Encore faux : c'est seulement un moyen, parfois fallacieux. L'objectif n'est pas de faire des économies d'énergie mais de faire des économies d'énergie fossile au moindre coût ce qui est tout à fait différent. Bien sûr, là où il moins coûteux de faire des économies d'énergie que de changer de forme d'énergie, les deux objectifs se rejoignent mais il arrive que, pour émettre moins de gaz à effet de serre, il faille consommer plus d'énergie, par exemple utiliser de la biomasse au lieu de gaz ou utiliser du biocarburant de seconde génération au lieu de carburant pétrolier. Un ratio tel que le "rendement global du système énergétique français" que certains nous ressassent est donc fallacieux et trompeur. Une réglementation qui se donne comme but de limiter la consommations d'énergie des bâtiments sans tenir compte ni des coûts ni des émissions de CO2 "se tire une balle dans le pied" : par exemple, elle privilégie l'utilisation de gaz plutôt que de chauffage à la biomasse ou à l'électricité nucléaire. C'est la consommation d'énergie fossile qu'il faut limiter. L'ADEME devrait  ajouter un F a son nom : "agence des déchets et de la maîtrise de l'énergie fossile".

4- Il n'y a de bon nucléaire que celui qui tourne sans arrêt. Faux. Bien sûr, l'électricité produite par un réacteur nucléaire qui tourne 8000 heures par an (sur 8760 heures) coûtera moins cher qu'une électricité produite par un réacteur ne tourne que 5000 heures. Mais, l'électricité produite avec un réacteur existant aujourd'hui dont la durée de vie est prolongée par des travaux de "grand carénage" et "post-Fukushima" coûtera moins cher qu'une électricité produite à partir de gaz (à 20 €/MWh thermique) même sans compter le coût du CO2, si le réacteur fonctionne plus de 5000 € par an. Il en sera de même avec des réacteurs nouveaux si l'on ajoute au prix du gaz (supposé toujours à 20 €/MWh) un coût du CO2 de 50 €/tCO2.

5- Pour se chauffer, il ne faut pas utiliser de fioul ni d'électricité, sauf avec des pompes à chaleur. Faux ! Doublement faux ! Si l'on met une résistance électrique dans l'eau d'un chauffage central équipé d'une chaudière au fioul et si la résistance est coupée automatiquement lorsque la demande d'électricité est forte, la chaleur produite par l'électricité n'émet pas de gaz carbonique et l'électricité "effaçable" sans préavis sera vendue bon marché. Au lieu d'une résistance, il sera parfois préférable d'utiliser une pompe à chaleur, elle aussi "effaçable" - il faut comparer les coûts. En tout cas, ce chauffage mixte permettra de diminuer la demande d'électricité en France lorsque la demande étrangère sera forte, pour pouvoir vendre davantage d'électricité nucléaire en remplacement d'une électricité faite à partir de charbon. La combinaison intelligente de fioul et d'électricité de chauffage (le fioul se stocke, l'électricité ne se stocke pas) permettra de diminuer les émissions. Evitons les a priori.
Triplement faux même ! Dans un logement neuf très bien isolé, si l'on refuse d'utliser les convecteurs électriques on mettra des pompes à chaleur. Celles-ci coûtent cher et économiseront très peu d'électricité puisque la consommation est très faible. Le surcoût, rapporté à la quantité d'électricité évitée, est donc considérable, pour une très faible diminution des émissions de gaz carbonique.


6- Seule la décroissance nous permettra de diminuer nos émissions. Faux ! les tenants de la décroissance sentent bien que le progrès technique nous conduit à consommer de plus en plus d'énergie mais ignorent que les ressources en énergie sont inépuisables car ils minimisent les possibilités du progrès technique et, pour la plupart d'entre eux, refusent le nucléaire. Le progrès des connaissances nous permet d'utiliser des énergies de plus en plus précises (en termes scientifiques, de l'énergie ayant une faible entropie), par exemple un laser à la place d'un rayon lumineux banal, ou encore de l'électricité à partir de l'énergie solaire. Or pour faire une énergie précise (à faible entropie) il faut consommer beaucoup plus d'énergie (à forte entropie) et en rejeter presque autant (à entropie encore plus forte, car l'entropie globale ne peut qu'augmenter - deuxième principe de Carnot). Ces rejets ne sont pas un gaspillage. Ils sont possibles car la ressource en énergie est inépuisable. Nous pourrons donc continuer de tirer parti du progrès technique - n'est-ce pas une bonne nouvelle ?

7- Il faut fixer une "valeur du carbone" à ajouter au prix de l'énergie fossile. Non. On peut dire qu'il existe une "valeur du carbone" c'est à dire le coût des dommages qui seraient évités si les émissions de CO2 étaient diminuées : cela "vaut la peine" de diminuer ou d'éviter une émission de CO2. Il serait judicieux d'ajouter ce "coût du CO2" au prix du pétrole si ce prix émanait d'un marché où la concurrence jouerait librement. Or le prix est souvent très supérieur à ce qu'il serait si la production des gisements peu coûteux n'était pas bridée par des décisions politiques. La différence est une "rente d'oligopole". Cette rente a le même effet qu'un impôt CO2 qui serait perçu par les pays producteurs. Alors il faut en tenir compte si l'on veut créer un impôt dans le pays de consommation. Autre façon de voir : la France veut limiter la consommationd 'énergie fossile, our pariciper à la utte mondiale contre les émissions u, en même temps, sécurisé son alimentation en énergie. Si le prix du pétrole était durablement, par exemple, de 150 $/bl, il est probable qu'au bout de quelques années (le temps que l'industrie et les consommateurs s'y adaptent)  la consommation de fioul et de carburant respecterait cette limite sans qu'il soit besoin d'impôts CO2, ce qui suffit à montrer que le niveau de l'impôt doit dépendre des prix mondiaux du pétrole et du gaz.

8- Il faut un impôt carbone qui augmente progressivement. Faux. Il faut créer un impôt carbone et le calculer chaque année de façon à augmenter progressivement le prix à la consommation finale. Après avoir fixé une limite d'émissions de CO2 à resecter d'ici 20 ans, l'Etat devrait nous dire jusqu'à quel niveau devront monter les prix à la consommation du fioul, du gaz et du carburant pour que cette limite soit respectée sans avoir besoin d'aides publiques. Puis il tracera une trajectoire des prix à la consommation finale et l'impôt sera fixé en conséquence, selon  le prix du pétrole - sans que cet impôt puisse être négatif : le prix à la consommation ainsi programmé est donc un prix plancher qui sera dépassé, avec un impôt CO2 nul, en cas de flambée du prix du pétrole.  A mon avis, sous réserve d'une étude plus approfondie : chaque année une augmentation du prix plancher à la consommation finale de 2 ou 3 c€/l, 2 €/MWh, 20 €/m3 en plus de l'inflation avec comme point de départ 1,4 €/l de gazole, 100 €/MWh, 1000 €/m3 de fioul. Au départ; l'impôt serait nul mais tout le monde saurait qu'il faut se préparer à une hausse du prix, non pas parce que le prix du pétrole augmentera (qui peut le dire ?), mais parce que nous l'aurons décidé, pour des raisons de sécurité d'approvisionnement - voir le point suivant.

9- Une politique française ne sert à rien sans un accord international. Faux. Une politique française est nécessaire même sans attendre de politique internationale, mais pas pour les raisons souvent avancées. Ce n'est pas pour diminuer les émissions mondiales ni pour donner un exemple à la Chine. C'est parce qu'il est tout à fait envisageable que la régulation mondiale qui, un jour, se fera, soit faite par les pays détenteurs de gaz et de charbon. Mieux vaudra alors s'être préparé à ne pas avoir besoin de ces formes d'énergie. D'autre part, nos entreprises seront alors mieux placées pour vendre des tchnologies qui seront  très demandées (réseaux de chaleur à la biomasse, pompes à chaleur, centrales nucléaires, véhicules hybrides, etc.). Le vrai moteur de notre politique de réduction des émissions est donc la sécurité d'approvisionnement en énergie d'une part, la compétititivité économique d'autre part, dans un contexte qui sera marqué par la lutte contre l'effet de serre.

10- Il faut convaincre chaque citoyen de participer à la lutte contre l'effet de serre par ses "petits gestes quotidiens responsables". Non, pour plusieurs raisons relevant de registres différents ! Si l'on suit cette campagne des "petits gestes quotidiens", chaque citoyen aura le sentiment qu'il aura suffisamment fait si sa douche dure moins longtemps (même si son eau est chauffée par de l'électricité nucléaire...) ou s'il a payé la plantation de quelques arbres ; ou bien il se rendra compte de l'inanité de ces "gestes" si les autres pays ne prennent pas des mesures radicales et se dira qu'encore une fois l'Etat essaie de lui "bourrer le mou" ; plus profondément, par cette voie, on va vers un contrôle social du comportement individuel sur une base qui se veut moralisatrice, une restriction insidieuse de la liberté individuelle par des campagnes de "sensibilisation" (il est "mal" d'utiliser un 4x4 en ville ou de faire un voyage en avion, il est "bien" d'éteindre la lumière). L'acte individuel réellement civique et utile sera dde demander à son député de modifier la loi pour que l'impôt CO2 sur le fioul le gaz et le carburant soit calculé de façon que le prix à la consommation finale augmente régulièrement et indépendamment du prix du pétrole,  avec un dispositif d'aide pour les faibles revenus. C'est le moyen le moins coûteux en frais administratifs, celui qui évite le mieux l'arbitraire, le favoritisme et le jeu des lobbies ; c'est donc celui qui respecte au mieux la liberté individuelle. Le produit de l''impôt aidera à  financer les investissements "bas carbone" qui, sans coûter trop cher, ne seraient pas encore rentables.

11- Il faut se féliciter de la hausse du prix mondial du pétrole (lorsqu'il augmente) - Faux, archifaux, scandaleusement faux ! Lorsque le prix mondial de l'énergie fossile devient très élevé, ce sont des centaines de milliards de dollars de rente que nous payons aux pays producteurs. On ne sait pas ce qu'ils font ce cet argent (des dépenses utiles, des dépenses inutiles ou l'achat de nos infrastructures ou de nos entreprises). En tout cas il est sûr que des prix mondiaux élevés du pétrole, du gaz et du charbon nous appauvrissent. Ceux qui se félicitent de la hausse de ces prix au motif que cela nous amènera à diminuer notre consommation et à réduire nos émissions de CO2 considèrent et acceptent, qu'ils le veuillent ou non, que notre pays est incapable de faire une différence entre le prix payé aux pays producteurs et le prix payé par les consommateurs : ils considèrent qu'il est impossible de mettre un impôt sur la consommation d'énergie fossile. Ils prennent acte de l'aboulie ou de l'impuissance du pouvoir politique et ils se montrent heureux que l'on nous mette une laisse pour nous obliger à aller dans la bonne direction.