Quelques erreurs courantes
2009 -mis à jour en 2010 et en 2013

J'ai publié une liste d'"erreurs fréquentes" en annexe de Moins de CO2 pour pas trop cher (l'Harmattant, 2013) - voir ici.

Il est courant de faire des erreurs et il y en a certainement sur ce site.

Il est utile de signaler ce que l'on considère comme des erreurs - quitte à se faire corriger. Allons-y donc !

L'humanité manquera d'énergie fossile - faux
Les ressources en énergie sont limitées - faux
L'objectif est donc de faire des économies d'énergie - faux
Il n'y a de bon nucléaire que celui qui tourne sans arrêt -faux
Il ne faut pas utiliser l'électricité pour se chauffer, sauf avec des pompes à chaleur - faux
Seule la décroissance nous permettra de diminuer nos émissions - faux
Comme le carburant pétrolier émet du CO2, il faut faire payer à l'automobiliste du carburant qui n'en émet pas  - faux
Il faut fixer une "valeur du carbone" à ajouter au prix de l'énergie fossile - faux
Il faut un impôt carbone qui augmente progressivement - faux
Une politique française ne sert à rien sans un accord international - faux

Il faut convaincre chaque citoyen de participer à la lutte contre l'effet de serre par ses "petits gestes quotidiens responsables" - faux
Il faut se féliciter de la hausse du prix mondial de l'énergie - faux, archifaux, scandaleusement faux.

Il y en a d'autres : la création d'un marché de permis d'émettre sans protection aux frontières, la financiarisation des permis d'émettre du CO2, l'accord tacite pour éviter  à tout prix l'augmentation de la capacité nucléaire, les financements publics qui sont ou insuffisants ou excessifs, les prix de reprise de l'électricité "renouvelable", la multiplication des objectifs incohérents, 
la façon dont est mis en oeuvre le mécanisme de développement propre.
On peut lire ici tout un jeu de propositions pratiques et chiffrées.  Voir aussi
Moins de CO2 pour pas trop cher, propositions pour une politiqiue de l'énergie


1- L'humanité manquera d'énergie fossile. Bien au contraire, en comparaison avec ce que l'atmosphère peut recevoir de CO2 sans trop chauffer, l'humanité dispose de deux ou trois fois trop d'énergie fossile accessible à un prix qu'elle est prête à payer !

2- Les ressources en énergie sont limitées. Faux. Cette expression n'a pas de sens car la quantité d'énergie brute pouvant être exploitée est quasiment sans limite : les limites dépendent d'une part de la compétence technique, à laquelle on ne peut pas fixer de limite, et d'autre part des finances que l'on est prêt à consacrer à l'énergie. Avec des générateurs nucléaires de quatrième génération (les surgénérateurs), les ressources en uranium suffiront pour des siècles ; l'énergie du soleil est inépuisable et nous saurons bientôt l'utiliser pour beaucoup moins cher qu'aujourd'hui ; celle de la mer est également très abondante ; plus tard, la fusion nucléaire pourrait aussi nous ouvrir une ressource en énergie qui ne connaîtrait pas de limite. Et les pays développés pourraient sans drame consacrer à l'énergie une part plus importante de leurs ressources (à condition que les choses évoluent progressivement).

3- Donc, l'objectif est de faire des économies d'énergie. Encore faux. Les points de départ étant faux, la conclusion est fausse ; l'objectif n'est pas de faire des économies d'énergie mais de faire des économies d'énergie fossile au moindre coût ce qui est tout à fait différent. Bien sûr, là où il moins coûteux de faire des économies d'énergie que de changer de forme d'énergie, les deux objectifs se rejoignent mais il arrive que, pour émettre moins de gaz à effet de serre, il faille consommer plus d'énergie, par exemple utiliser de la biomasse au lieu de gaz ou utiliser du biocarburant de seconde génération au lieu de carburant pétrolier. Un ratio tel que le "rendement global du système énergétique français" que certains nous ressassent est donc fallacieux et trompeur. Une réglementation qui se donne comme but de limiter la consommations d'énergie des bâtiments sans tenir compte ni des coûts ni des émissions de CO2 "se tire une balle dans le pied" : par exemple, elle privilégie l'utilisation de gaz plutôt que de chauffage à la biomasse ou à l'électricité nucléaire. C'est la consommation d'énergie fossile qu'il faut limiter. L'ADEME devrait  ajouter un F a son nom : "agence des déchets et de la maîtrise de l'énergie fossile".

4- Il n'y a de bon nucléaire que celui qui tourne sans arrêt. Faux. Bien sûr, l'électricité produite par une centrale qui tourne 8000 heures par an (sur 8760 heures) coûtera moins cher qu'une électricité produite par une centrale qui ne tourne que 4000 heures. Mais celle-ci coûtera beaucoup moins cher qu'une centrale au gaz ou au charbon qui ne tournera que 4000 heures par an. Si l'on veut diviser les émissions françaises par deux ou trois au moindre coût, le parc nucléaire sera calculé de sorte qu'aucun moyen de production autre que le nucléaire, les barrages de fleuves et les éoliennes sur terre ne fonctionne plus de 1000 ou 1500 heures par an ( ajouté en mars 2013 : en comptant le coût des réacteurs aujourd'hui en fonctionnement, mais 4500 heures par an en comptant le coût probable des futurs EPR). Même si les centrales nucléaires ne tournaient en moyenne que 6000 heures par an pour répondre à la consommation française, cela coûterait moins cher que de faire plus d'éoliennes ou plus de centrales au gaz. Mais, en combinant les différentes formes d'énergie,  il est possible de les faire fonctionner plus de 7000 heures par an en moyenne.

5- Pour se chauffer, il ne faut pas utiliser de fioul ni d'électricité, sauf avec des pompes à chaleur. Faux ! Doublement faux ! Si l'on met une résistance électrique dans l'eau d'un chauffage central équipé d'une chaudière au fioul et si la résistance est coupée automatiquement lorsque la demande d'électricité est forte, la chaleur produite par l'électricité n'émet pas de gaz carbonique et l'électricité "effaçable" sans préavis sera vendue bon marché. Au lieu d'une résistance, il sera parfois préférable d'utiliser une pompe à chaleur, elle aussi "effaçable" - il faut comparer les coûts. En tout cas, ce chauffage mixte permettra de diminuer la demande d'électricité en France lorsque la demande étrangère sera forte, pour pouvoir vendre davantage d'électricité nucléaire en remplacement d'une électricité faite à partir de charbon. La combinaison intelligente de fioul et d'électricité de chauffage (le fioul se stocke, l'électricité ne se stocke pas) permettra de diminuer les émissions. Evitons les a priori.
Triplement faux même ! Dans un logement neuf très bien isolé, si l'on refuse d'utliser les convecteurs électriques on mettra des pompes à chaleur. Celles-ci coûtent cher et économiseront très peu d'électricité puisque la consommation est très faible. Le surcoût, rapporté à la quantité d'électricité évitée est donc considérable, pour une très faible diminution des émissions de gaz carbonique.


6- Seule la décroissance nous permettra de diminuer nos émissions. Faux ! les tenants de la décroissance sentent bien que le progrès technique nous conduit à consommer de plus en plus d'énergie mais ignorent que les ressources en énergie sont inépuisables car ils minimisent les possibilités du progrès technique et, pour la plupart d'entre eux, refusent le nucléaire. Le progrès des connaissances nous permet d'utiliser des énergies de plus en plus précises (en termes scientifiques, de l'énergie ayant une faible entropie), par exemple un laser à la place d'un rayon lumineux banal, ou encore de l'électricité à partir de l'énergie solaire. Or pour faire une énergie précise (à faible entropie) il faut consommer beaucoup plus d'énergie (à forte entropie) et en rejeter presque autant (à entropie encore plus forte, car l'entropie globale ne peut qu'augmenter - deuxième principe de Carnot). Ces rejets ne sont pas un gaspillage. Ils sont possibles car la ressource en énergie est inépuisable. Nous pourrons donc continuer de tirer parti du progrès technique - n'est-ce pas une bonne nouvelle ?

7- Faire payer par l'automobiliste un carburant qui n'émet pas de CO2. Non, l'objectif n'est pas de diminuer les émissions faites par le transport ; il est de diminuer les émissions françaises.Il faut faire payer les automobilistes. S'il est moins cher de diminuer les émissions dans les bâtiments, commençons par cela et utilisons à cela l'effort demandé aux automobilistes. C'est ce type d'objectif parfaitement déplacé qui a convaincu de décider un programme de production de biocarburant très coûteux et qui utilise les capacités du sol très inefficacement. Une méthode peu coûteuse serait d'employer une partie de la contribution demandée aux automobilistes pour financer la sylvicultre, ce qui se trduit de suite par des entes de bois qui, brûlés dans les réseaux de chaleur, permettront de remplacer du gaz et du fioul.

8- Il faut fixer une "valeur du carbone" à ajouter au prix de l'énergie fossile. Non, car cela n'aurait de sens que si le prix du pétrole était égal à son coût de production. Le "carbone" (c'est à dire, pour être précis, le fait d'éviter l'émission de carbone d'origine fossile) a bien une valeur qui devrait s'ajouter au prix de l'énergie fossile, mais une bonne partie de cette valeur est prélevée par les pays producteurs ; vue des pays consommateurs, la valeur du carbone est donc diminuée de ce que les pays producteurs ont prélevé ; avec un pétrole à 150 $/bl, la valeur du carbone vue des pays consommateurs pourrait être à peu près nulle ; je veux dire par là que les décisions prises spontanément par les agents économiques (consommateurs et entreprises) peuvent avoir comme résultat de ne pas dépasser les limites d'émissions fixées comme objectif ; alors il est inutile de rajouter quoi que ce soit au prix du marché.

9- Il faut un impôt carbone qui augmente progressivement. Faux. Il faut créer un impôt carbone et le calculer chaque année de façon à augmenter progressivement le prix à la consommation finale. Cet impôt dépend donc du prix du pétrole.  Proposition : chaque année une augmentation du prix plancher à la consommation finale de 2 c€/l, 20 €/MWh, 200 €/m3 avec comme point de départ (en 2013) 1,2 €/l de gazole, 90 €/MWh, 900 €/m3 de fioul. Au départ; l'impôt serait nul mais tout le monde saurait qu'il faut se préparer à une hausse du prix, non pas parce que le prix du pétrole augmentera (qui peut le dire ?), mais parce que nous l'aurons décidé, pour des raisons de sécurité d'approvisionnement - voir le point suivant.

10- Une politique française ne sert à rien sans un accord international. Faux. Une politique française est nécessaire même sans attendre de politique internationale, mais pas pour les raisons souvent avancées. Ce n'est pas pour diminuer les émissions mondiales ni pour donner un exemple à la Chine. C'est parce qu'il est tout à fait envisageable que la régulation mondiale qui, un jour, se fera, soit faite par les pays détenteurs de gaz et de charbon. Mieux vaudra alors s'être préparé à ne pas avoir besoin de ces formes d'énergie. D'autre part, nos entreprises seront alors mieux placées pour vendre des tchnologies qui seront  très demandées (réseaux de chaleur à la biomasse, pompes à chaleur, centrales nucléaires, véhicules hybrides, etc.). Le vrai moteur de notre politique de réduction des émissions est donc la sécurité d'approvisionnement en énergie d'une part, la compétititivité économique d'autre part, dans un contexte qui sera marqué par la lutte contre l'effet de serre.

11- Il faut convaincre chaque citoyen de participer à la lutte contre l'effet de serre par ses "petits gestes quotidiens responsables". Non, pour plusieurs raisons relevant de registres différents ! Si l'on suit cette campagne des "petits gestes quotidiens", chaque citoyen aura le sentiment qu'il aura suffisamment fait si sa douche dure moins longtemps (même si son eau est chauffée par de l'électricité nucléaire...) ou s'il a payé la plantation de quelques arbres ; ou bien il se rendra compte de l'inanité de ces "gestes" si les autres pays ne prennent pas des mesures radicales et se dira qu'encore une fois l'Etat essaie de lui "bourrer le mou" ; plus profondément, par cette voie, on va vers un contrôle social du comportement individuel sur une base qui se veut moralisatrice, une restriction insidieuse de la liberté individuelle par des campagnes de "sensibilisation" (il est "mal" d'utiliser un 4x4 en ville ou de faire un voyage en avion, il est "bien" d'éteindre la lumière). L'acte individuel réellement civique et utile sera plutôt d'écrire à son député pour qu'il vote la création d'un impôt fixant au fioul au gaz et au carburant un prix minimum à la consommation finale (en croissance régulière) avec un dispositif d'aide pour les faibles revenus. C'est le moyen le moins coûteux en frais administratifs, celui qui évite le mieux l'arbitraire, le favoritisme et le jeu des lobbies ; c'est donc celui qui respecte au mieux la liberté individuelle.

12- Il faut se féliciter de la hausse du prix mondial de l'énergie - Faux, archifaux, scandaleusement faux ! Lorsque le prix mondial de l'énergie fossile devient très élevé, ce sont des centaines de milliards de dollars de rente que nous payons aux pays producteurs. On ne sait pas ce qu'ils font ce cet argent (des dépenses utiles, des dépenses inutiles ou l'achat de nos infrastructures ou de nos entreprises). En tout cas il est sûr que des prix mondiaux élevés du pétrole, du gaz et du charbon nous appauvrissent. Ceux qui se félicitent de la hausse de ces prix au motif que cela nous amènera à diminuer notre consommation et à réduire nos émissions de CO2 considèrent et acceptent, qu'ils le veuillent ou non, que notre pays est incapable de faire une différence entre le prix payé aux pays producteurs et le prix payé par les consommateurs : ils considèrent qu'il est impossible de mettre un impôt sur la consommation d'énergie fossile. Ils prennent acte de l'aboulie ou de l'impuissance du pouvoir politique et ils se montrent heureux que l'on nous mette une laisse pour nous obliger à aller dans la bonne direction.